Contribuer en tant qu’acteur socio-économique

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Ils sont une ressource indéniable pour le territoire et un partenaire de choix pour les collectivités locales dans les stratégies de conduite du changement. Ils portent des actions sur divers enjeux de transition et ont l’avantage d’être au plus près du terrain : ils détiennent ainsi une vision précise et concrète des besoins du territoire et de ses habitants. Mais ils doivent encore trouver les leviers pour impliquer les habitants les moins convaincus et inventer des modèles économiques fondés sur la coopération, sortir eux-mêmes des logiques concurrentielles dans lesquelles ils évoluent et développer ce qu’ils appellent une « diplomatie de la transition ».

Cette page est intégralement issue du rapport Les 4 Fantastiques des territoires en transition produit par la Fabrique des Transitions.

Enjeux

Les acteurs ont insisté sur la tendance des collectivités à laisser faire les dynamiques de transition sans réellement s’en emparer. La principale raison évoquée de ce désengagement serait la priorisation politique, légitimée par les enjeux économiques : si les élus sont interpellés et sensibilisés, l’aspect économique (au sens classique) prendrait systématiquement le dessus et empêcherait une réelle bascule dans une dynamique de transition.

Malgré quelques cas encourageants de coopération et une tendance qui va vraisemblablement dans le bon sens, les acteurs socio-économiques observent assez largement un manque de confiance de la part des pouvoirs publics, notamment à l’égard des « petits acteurs », moins pris au sérieux que les autres et très rarement associés à la co-construction des politiques publiques – alors même qu’ils ont une proximité immédiate avec le terrain.

Ce manque de confiance est parfois vu comme une résistance au changement de la part des collectivités qui craignent peut-être de perdre du pouvoir et qui ont du mal à associer réellement ces acteurs dans la prise de décision. De nombreuses voix ont ainsi partagé le besoin d’un changement de regard sur les acteurs du territoire qui doivent être perçus comme tels – et non pas seulement comme des structures qui mettent en œuvre des actions décidées en amont, ou comme de simples bénéficiaires : bref, comme des figurants.

Ce manque de confiance se traduit par une tendance à privilégier les financements d’investissement sur projet, plutôt que les financements de fonctionnement qui permettent pourtant d’assurer la qualité des actions, leur durée dans le temps, leur caractère innovant et l’assise des structures qui les portent. À cela s’ajoute également le processus de mise en concurrence entre les acteurs locaux, sous la forme d’appels à projet, qui complique leur coopération.

Dans le cadre de projets pluri-acteurs, il peut y avoir au démarrage une volonté de coopération avec des méthodes de travail plus transversales. Elles sont généralement portées par ceux qui les ont déjà expérimentées et qui les pratiquent au sein de leurs propres organisations. Cependant, certains agents et élus ne fonctionnent pas sur ce mode de travail. Les procédures et la gestion de projet dans les administrations ne sont pas toujours compatibles avec ces nouvelles façons de travailler plus transversales et plus communicantes.

Parfois, la dynamique de co-construction s’arrête brutalement pour reprendre un procédé plus directif, ce qui peut conduire à l’incompréhension et la déception de certains acteurs – voire à l’arrêt du projet. D’autres fois, les acteurs ont le sentiment que l’information s’arrête aux services et ne parvient pas aux élus. Enfin, certains acteurs de l’écosystème ne sont pas invités ou pris en compte dans des projets publics auxquels ils pourraient apporter, ce qui témoigne parfois d’un manque de connaissance de l’écosystème (services de l’État déconcentré ou entités communales).

Ce sentiment de manque de considération s’exprime parfois plus frontalement : « si la coopération est un objectif publiquement partagé, bien souvent, c’est la domination qui est la règle ». À cela s’ajoute une certaine opacité des collectivités et des services de l’État, rendant difficile de savoir à qui s’adresser, mais aussi de comprendre qui décide. Le processus de décision des collectivités est en effet difficile à saisir quand on est à l’extérieur. Si l’élu à qui on s’est adressé en tant qu’opérateur donne son feu vert sur une action, il peut être frustrant d’entendre l’agent référent, quelques temps après, revenir sur cette parole initiale.

Les acteurs socio-économiques partageaient, de manière assez consensuelle, l’idée selon laquelle les acteurs locaux ont une vision plus systémique et moins cloisonnée que celle des pouvoirs publics. La transversalité est une notion qui semble être plus répandue, plus souvent prise en compte et mieux mise en œuvre par les acteurs socio-économiques, notamment entre les questions écologiques et sociales qui imposent de « ne pas choisir entre fin du monde et fin du mois », de « ne pas hiérarchiser les besoins ».

Les délégués du Préfet sont par exemple souvent concentrés sur leurs missions de justice sociale et leur focale fait preuve de peu d’ouverture, notamment sur la transition écologique. Inversement, les services et les élus en charge des questions écologiques s’inquiètent insuffisamment du caractère inclusif de leurs actions et ont des difficultés à impliquer des personnes éloignées de ces sujets, à « dépasser le premier cercle de convaincus ».

Pouvoirs

Dans ce contexte général (d’opacité, de priorisation différente des pouvoirs publics, de manque de portage et de vision systémique, de faible confiance dans les acteurs locaux…) les opérateurs développent sur le terrain des stratégies qui leur sont propres. Parmi elles, les participants ont souvent mentionné l’effet « boule de neige » pour faire changer les pratiques individuelles et collectives, agir sur le changement des imaginaires et casser les habitudes.

Il s’agit d’y « aller petit à petit pour contourner l’adversité  ». Face à une collectivité réticente au départ, un acteur local a par exemple constitué un panel citoyen de réflexion sur les enjeux liés à l’eau : progressivement, et malgré une faible participation, les élus ont réalisé que cette méthode portait ses fruits et depuis, demandent de plus en plus souvent des démarches participatives.

Une autre piste souvent évoquée consiste à aborder les élus de la collectivité par le biais de sujets qui leur plaisent et d’utiliser ces portes d’entrée ciblées pour ensuite tirer le fil et les embarquer dans une vision plus globale. Plutôt que de passer par « la porte » de l’environnement, de l’écologie ou même de la transition, l’idée est ici de passer par « les fenêtres » de l’alimentation, de l’emploi local, de la mobilité, etc. Et dans le même temps, de convaincre par l’expérience, de prouver que puisqu’on a su agir et réfléchir sur tel sujet, on saura probablement le faire sur tel autre sujet proche.

Certains opérateurs socio-économiques tentent de proposer aux élus des espaces qui leur permettent de prendre du recul sur leurs pratiques quotidiennes et de prendre le temps de réfléchir à une vision, à un projet global pour leur territoire.

L’idée est aussi d’accepter de se reposer seulement sur une poignée d’élus et de ne pas forcément chercher à les associer toutes et tous : quelques élus avec qui ne pas hésiter à « faire copain », pour enclencher le dialogue, proposer des actions concrètes et progressivement, gagner en légitimité.

Attentes

Les acteurs socio-économiques appellent l’ensemble des décideurs – collectivités locales et État territorial – à actualiser leur logiciel de pensée et d’organisation en faisant de la transition écologique la première des priorités. En effet, d’autres sujets semblent être encore prioritaires : par exemple, la priorisation des enjeux économiques au détriment des enjeux de transition écologique est vivement critiquée en ce qu’elle sous-estime le caractère systémique de la transition écologique.

Concrètement, il peut sembler logique pour une collectivité de moins se préoccuper de la résilience du territoire que du dernier plan de suppressions massives d’emplois locaux. Pourtant, penser la résilience c’est aussi prévenir ce genre d’évènements, en assurant le développement d’emplois locaux non-délocalisables et en diversifiant le tissu économique.

Face au manque de confiance ressenti par les acteurs socio-économiques, la posture de la collectivité – et notamment des élus – est souvent interpellée : tout en gardant sa légitimité politique et donc sa capacité à décider, l’élu pourrait remplir une fonction de « chef d’orchestre » pour devenir « animateur de la transition ».

Les relations avec les élus seraient à renforcer : ces derniers ne semblent pas forcément toujours connaître les enjeux des acteurs socio-économiques, ils ne se connaissent d’ailleurs pas. L’enjeu est d’arriver à ce que les élus ouvrent leur écosystème de manière sincère, en faisant tomber la casquette d’élus et en créant ainsi des liens interpersonnels.

Pour créer ce cadre de confiance, il faut poser un cadre d’expression, de débats et de responsabilisation entre partenaires, élus et habitants pour permettre à chacun de s’impliquer, d’adopter des pratiques et des réflexes de co-construction.

Les acteurs socio-économiques rappellent qu’ils sont peu consultés en amont des appels à projets, ce qui fait que ces derniers ne répondent pas toujours aux réalités de leurs besoins. Un des enjeux serait donc qu’ils soient impliqués dans les réflexions sur ces appels à projets pour répondre au mieux aux besoins du territoire. Le corollaire est la nécessité de mieux comprendre comment les choses s’organisent entre agents et élus, leurs rôles et marges de manœuvre respectifs.

Il est à noter qu’en parallèle de ces exigences fortes, plusieurs voix ont partagé une vision plus positive sur le changement en cours des mentalités, en tout cas au sein des collectivités locales. Plusieurs arguments convergent en ce sens : une impression de « réveil collectif »,  le développement de dispositifs participatifs ou l’ambition grandissante des documents de planification.

Aujourd’hui, la mise en récits n’est pas une habitude pour les collectivités qui « restent dans une posture classique de communication et de promotion du territoire », en tenant souvent un discours plutôt lisse et assez généralisable. Selon de nombreux acteurs socio-économiques, les collectivités et plus particulièrement les élus, devraient assumer davantage le portage symbolique de ces récits.

Mais la mise en récits est un processus de long terme qui dépasse la temporalité des mandats électoraux. De même que pour le déploiement d’une stratégie de transition, la création du récit doit alors s’appuyer sur d’autres catégories d’acteurs que les élus. Pour assurer l’inscription du récit dans le temps long, les agents des collectivités (qui assurent la continuité des projets d’un mandat à l’autre) et les acteurs locaux (dont l’organisation peut être plus souple que celle des élus et le calendrier moins contraint) ont donc un rôle important à jouer.

De nombreuses voix ont également pointé le manque d’ambition, en matière de transition, au niveau de l’État. Les acteurs locaux et les habitants sont en attente de prises de décisions, symboliques et concrètes, à l’échelle nationale. Et quand bien même l’État n’a pas à prendre seul en charge la question écologique, il est attendu de lui qu’il donne le ton par des signes forts. Il lui est par exemple reproché, sur la question de l’épandage des produits phytosanitaires, d’avoir préféré remettre à l’agenda la problématique de l’agri-bashing plutôt que de prendre des mesures fortes et éventuellement restrictives.

La coopération demande des compétences et du temps pour entretenir ces relations et s’acculturer à ces nouvelles méthodes de travail. Les expériences de coopération réussies ont mobilisé du temps de travail auprès de tous les acteurs. Par exemple, le recrutement de personnes dédiées à faciliter ces démarches n’est pas accessible à tout le monde faute de moyens, surtout dans les petits territoires ou les petites structures.

La question des moyens humains et financiers dédiés à la coopération et aux projets de transition a été ainsi identifiée comme levier pour changer d’échelle, c’est aussi une attente de la part des participants car beaucoup de démarches aujourd’hui s’appuient principalement sur du bénévolat. Il est capital de ne pas épuiser ces bénévoles, souvent impliqués depuis longtemps dans ces projets.

Ce droit à expérimenter est d’autant plus important que la peur d’échouer sur les démarches de coopération est importante pour les petits territoires en transition. Des difficultés relationnelles, des tensions pourraient rapidement mener à des scissions au sein des territoires. Dans les collectivités, la peur de l’échec est aussi un vrai obstacle aux démarches de coopération.

Les acteurs engagés dans des démarches de transition ont besoin de temps réflexifs pour analyser la progression des projets, exprimer sur ce qu’ils vivent au sein de ce processus, alerter sur des difficultés vécues avec ces nouvelles méthodes de travail et célébrer les petites et grandes victoires. Les participants sont en demande d’évaluations qualitatives des projets de transition auxquelles ils espèrent être associés, pour pouvoir montrer des résultats, s’assurer de la direction prise.

Pour ces acteurs, une diplomatie de la transition serait une des compétences stratégiques à développer : pouvoir identifier le degré d’investissement des acteurs rencontrés dans la transition et adapter leur démarche et leur discours pour convaincre, faire ensemble tout en restant sincères. Les projets et les idées liés à la transition ne manquent pas. Pour avancer, les acteurs socio-économiques ont besoin d’outils relationnels pour engager encore plus de citoyens dans leurs démarches sans stigmatiser et créer du lien entre les démarches de chacun.

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